Genre et Cerveau

Différence homme/femme: le cerveau a-t-il un genre ?

Le cerveau a-t-il un genre ? Voilà une question qui se pose depuis longtemps, et qui fait régulièrement l’objet d’articles  dans les médias.
C’est l’un des sujets traité dans Le Bleu et Rose, la fabrique du féminin et du masculin, de Scarlett Beauvalet-Boutouyrie et Emmanuelle Berthiaud aux éditions Belin, que j’ai lu récemment. J’aurais bien des difficultés à faire un résumé complet de ce livre. Cinq siècles d’Histoire sur la construction du genre en France méritent mieux qu’une copie double interligne 1,5, marge de 4 cm à gauche. Je ne mentirai pas, un livre d’universitaires de 350 pages ne se dévore pas en une soirée comme un roman de chick-lit.  Cependant, il est fort intéressant et se lit facilement.

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Construction sociale de la place des hommes et des femmes dans la société

La construction sociale de la place des hommes et des femmes dans la société au cours des derniers siècles est donc au coeur de ce livre. On y parle enfance, distinction fille/garçon par l’habillement, les jeux, l’éducation, l’enseignement : tout ce qui prépare les hommes et femmes adultes aux différents rôles qui leur sont traditionnellement attribués (parentalité, travail, relations sociales et familiales).

Un point qui m’a particulièrement marquée c’est l’entetement des hommes depuis l’Antiquité (on dirait une introduction de dissertation de 3e) à vouloir démontrer l’infériorité des femmes et cela, quels que soient les progrès de la science et de la médecine.

Au XIXe siècle, on ne brillait pas forcément par l’intelligence

Pour trouver des “preuves” scientifiques de tous les préjugés et stéréotypes de genre (les auteures parlent de “représentations de la femme dans la société”), l’idée de certains hommes de science, à partir du XIXe siècle, a été d’étudier le cerveau, et – oh surprise ! – d’y découvrir exactement ce qu’ils y cherchaient… La nature est bien faite, non ?

Ainsi, “François-Joseph Broussais, affirme par exemple que la philogéniture, l’amour qui pousse les parents à prendre soin de sa progéniture, se rattache à une portion déterminée de l’encéphale, organe plus développé chez la femme que chez l’homme, ce dernier trouvant rarement en lui la patience nécessaire pour s’occuper des enfants et surmonter les “dégoûts” attachés aux premiers soins.”

Quelques années plus tard, Paul Broca continue l’étude du cerveau : “la petite taille du cerveau féminin est la preuve de ses moindres capacités.” Rien que ça !

D’aucuns se sont tout de même étonnés qu’une simple règle de trois (taille/poids/genre) expliquait la vraie raison de la petite tête des femmes, d’autres ont également signalé qu’avec ce raisonnement les Allemands seraient plus intelligents que les Français…
Mais ces arguments ne sont pas jugés suffisants ?!

Deux petits exemples qui font sourire, non ?

La « théorie des deux cerveaux »

Dans les années 1970, les chercheurs examinent l’activation de zone du cerveau grâce à l’IRM et mettent en évidence des différences en fonction du sexe. D’autres vont montrer des compétences différentes entre les hommes (meilleurs en orientation dans l’espace) et les femmes (meilleures dans les tests de langage) : c’est le début de la “théorie des deux cerveaux” : homme et femme aurait un hémisphère du cerveau dominant différent qui leur conférerait des capacités spécifiques, propre à leur sexe. Dans les années 80, certains scientifiques pensent découvrir un corps calleux plus épais chez les femmes, qui leur permettraient de se servir de leur deux hémisphères en même temps et donc les rendraient “multi-tâche”…

La lumière au bout du tunnel ?

Aujourd’hui, ces théories ne sont plus du tout défendues par le monde scientifique : aucune fonction n’est assurée par une seule zone du cerveau. Pourtant on continue à analyser le cerveau en fonction du sexe, et les conclusions sont discutés et discutables. Oui il y a des différences, mais sont-elles de l’ordre de l’inné ou de l’acquis ? Les auteures mentionnent les travaux de la neurobiologiste Catherine Vidal dont le postulat est qu’il est impossible de dégager des traits propres au cerveau masculin ou féminin, quand on sait que le cerveau humain se forge en fonction des expériences (éducation, interactions sociales, jeux…).  A la naissance, seulement 10% des connexions sont présentes… Il y a donc un peu d’espace pour se construire une identité sexuée !

On voit encore malheureusement de nombreux articles dans les médias qui continuent de faire écho à des études scientifiques qui prouveraient l’existence de différences entre le cerveau des femmes et celui des hommes. Je ne donnerai pas de leçon : il y a quelques temps j’avais partagé un tel article sur notre page Facebook. Cette “étude scientifique” expliquait que les femmes avaient besoin de plus de sommeil que les hommes à cause de leur cerveau multi-tâche, qui de ce fait se fatiguait plus vite…

J’ai publié un mea culpa quelques jours plus tard, après la lecture d’un article des Nouvelles News… 

J’ai ainsi contribué à relayer un stéréotype de genre, alors que je cherche à les dénoncer… La honte… Bref, tout cela pour dire que si j’avais lu plus tôt le livre Bleu et Rose, la fabrique du féminin et du masculin, j’aurais eu moi-même le raisonnement critique nécessaire pour écarter cette info vaseuse. De l’utilité de s’informer et de se cultiver…

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