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Lutter contre la culture girly, un pari perdu d’avance

J’ai lu Cinderella ate my daughter de Peggy Orenstein, un livre qui nous plonge dans la culture girly des princesses &co, et révèle le coté obscur cette vague rose qui déferle sur les petites filles. Ma première conclusion en refermant ce livre fut la suivante : lutter contre la culture girly est une cause perdue d’avance, autant laisser tomber…

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PARCE QUE TU NE PEUX PAS GAGNER !

Non, tu ne peux pas lutter contre le marketing, les Disney, les Mattel et autres, contre le culte de l’apparence, contre l’auto-promotion et la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux, contre la sexualisation de trop jeunes filles… Parce que tu es un parent et que tu ne fais pas le poids face à des multinationales de l’entertainment pour enfants ni face aux réseaux sociaux.

Des Princesses Disney à Miley Cyrus : décryptage de la Girl culture

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Pour écrire ce livre Peggy Orenstein raconte sa propre expérience avec sa fille, sa période Princesse, sa période Wonder Women, ses copines…

Elle nous embarque dans ses propres interrogations et dilemmes de mère.  Ce n’est pas un livre qui assène des vérités, le lecteur suit l’auteure dans ses doutes et ses réflexions. Je me suis retrouvée dans ses questionnements :

  • Les Princesses Disney : oui c’est un peu gnan-gnan mais au moins c’est « safe ». Pas de violence, que des valeurs positives. La gentillesse, après tout c’est chouette. Au fond, est-ce qu’on ne préfère pas que nos filles chantent  une chanson Disney comme  « au bout du rêve » plutôt que le dernier hit de Miley Cyrus?

  • Est-ce qu’en refusant à ma fille les jouets/vêtements  Princesses Disney ou trop girly-roses je lui envoie le message qu’être une fille c’est nul ? Et même vis-à-vis de mes fils, je n’ai pas envie qu’ils grandissent en pensant que les qualités ou occupations traditionnellement associées aux femmes sont dévalorisantes.
  • Les armes pour les garçons n’est-ce pas autant stéréotypé et néfaste que les robes de princesses pour les filles ?
  • Quel est le bon équilibre entre être féministe et être féminine ?
  • Comment aider ma fille à ne pas trop se soucier de son apparence quand moi-même je suis une femme qui y accorde de l’importance ?
  • Comment faire de ma fille une enfant intégrée parmi ses camarades tout en refusant les modes/marques/jouets qui me semblent inappropriés ?
  • Les princesses au fond, ce n’est qu’une phase qui finira pas passer, alors pourquoi s’en soucier? Mais suis-je vraiment certaine qu’elle ne laissera pas de trace ?

Oui la culture girly c’est comme les chips, c’est mauvais pour nos enfants

Peggy Orenstein décrypte pour nous les origines des princesses Disney, les concours de miss, l’industrie du jouet, les starlettes Disney comme Miley Cyrus, les réseaux sociaux…

Le livre a été publié en 2011 mais il reste un excellent moyen de comprendre les origines, le fonctionnement et les pièges de la culture girly . On y apprend des choses intéressantes. Par exemple, comment Disney a eu l’idée de génie (d’un point de vue business) de lancer la marque Disney Princesses.  En 2000, un boss de  Disney assiste à un spectacle «Disney on Ice» et se retrouve entouré de petites filles en costumes de princesse. Des costumes faits maison. Comment Disney avait-il pu négliger un telle opportunité ? Le lendemain, il réunit son équipe pour travailler sur ce qui allait devenir la ligne Disney Princesses, un énorme succès commercial.

Elle revient également sur les apports des recherches en neurosciences sur l’impact des stéréotypes de genre. Elle a notamment interviewé Lise ELIOT Lise auteure de Pink Brain, Blue Brain: How Small Differences Grow Into Troublesome Gaps And What We Can Do About It. dont nous vous parlions dans ce post

Ce que j’en retiens surtout c’est la puissance des multinationales qui poussent cette culture girly. Une culture qui malheureusement n’aide pas vraiment nos enfants à sortir des clichés et des inégalités entre filles et garçons. Elle pousse nos filles vers le culte de l’apparence et contribue, in fine, à diminuer leur confiance et leur assurance.

Bref, la culture girly c’est comme les chips, c’est mauvais pour nos enfants.

Beaucoup d’entre nous refusent encore d’élever leurs garçons comme des filles, preuve que le marketing de genre surfe d’abord sur nos préjuges

Cependant, pas de couplet anti-multinationales de ma part : je suis franchement mal placée pour les critiquer compte tenu de mon mode de vie et de mes habitudes de consommatrice. Mais après avoir lu ce livre je me pose cette question : comment lutter ?

D’abord ces multinationales ne sont pas des individus qui nous veulent du mal. Elles n’ont pas non plus comme vocation de faire notre bien, car, non, elles n’ont pas de sens moral, elles produisent simplement CE QUI SE VEND. Oui, ce que les ADULTES acceptent d’acheter aux enfants.

Dans son livre, Peggy Orenstein décrit un salon du jouet  à New York, au cours duquel elle remarque que tous les jouets destinés aux filles sont roses : boîtes à bijoux rose, téléphones roses, sèche-cheveux roses, étoles de fourrure rose. « Tout ce rose est-il vraiment nécessaire? » demande-elle a un représentant. « Seulement si vous voulez faire de l’argent», répond-il.

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Tu reprendras bien un peu de rose avec ton thé ?

Avant de râler, interrogeons nos propres modes de consommation et nos propres préjugés. Les industries du jouet et des vêtements proposent de moins de moins de produits « neutres » mais nous, sommes-nous prêts en tant que parents à  laisser nos fils porter du rose (plutôt que de racheter des vêtements « de garçon » quand on a eu une fille en premier)… mmm pas si sûr…

Les parents, comme leurs enfants, se soucient du regard des autres,  adultes comme enfants; et s’il est socialement acceptable de donner des jouets ou vêtements de garçon à une fille, l’inverse est beaucoup plus compliqué à assumer.

On peut blâmer Mattel, Disney ou la segmentation à outrance filles VS garçons, mais reconnaissons aussi  que nous peinons à complimenter une petite fille sur autre chose que sa tenue ou que nous ne voulons pas encore élever les garçons comme des filles, preuve que le marketing de genre surfe d’abord sur nos préjugés.

 Le monde est bien plus vaste que la planète rose

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En matière de jouets, jeux, héros, dessins animés pour les enfants mon credo c’est que ça fonctionne comme la nourriture. Pour être en bonne santé, rien n’est vraiment interdit, il faut manger de tout, en quantité raisonnable.

Pour les enfants, c’est pareil. Aucun héros, jeu ou jouet n’est mauvais en soi, le secret c’est la variété ! Alors imaginons la culture girly comme des bonbons ou des cookies aux pépites de chocolat, c’est doux et sucré, les enfants adorent  et à dose raisonnable, dans le cadre d’une éducation variée, tout va bien ! Pour ceux qui n’apprécient pas mes comparaisons dignes d’une diététicienne : c’est comme lire les magazines People. OK c’est maaal, il y a peu de chance que tu fasses fonctionner ton cerveau en lisant cela, mais de temps en temps… Qu’est-ce que c’est BON 🙂

Ensuite, le monde est bien plus vaste que la planète rose que  le marketing veut réserver aux filles. A nous, parents, d’inciter nos filles à aller voir ce qui se passe ailleurs. Ne nous cachons derrière le « Mais elle ne veut que du rose, des princesses et des kits de maquillage ». C’est peut être vrai, mais prenons aussi nos responsabilités.

De la même façon que mes enfants ne choisissent pas le menu et ne font pas les courses, pour les jeux, jouets et vêtements, nous décidons aussi ce que nos enfants consomment. Ne laissons pas nos enfants seuls face au marketing diablement efficace des licences et grandes marques, sinon c’est comme les laisser seuls au rayon bonbons… Faut pas se plaindre ensuite !

Enfin, cette planète rose n’est pas un endroit démoniaque, laissons nos filles l’explorer et, chiche, invitons les garçons à y faire un tour, il n’y a pas de mal à aimer « les trucs de filles ».

 

Pour continuer sur le même sujet, je vous recommande cet excellent podcast intitulé Princesses, pink and ‘girly’ culture avec Peggy Orenstein interviewée par The Guardian dans la série What a feminist would do?

Elle a publié récemment un nouveau livre, qui aborde la suite de la période Princesses, intitulé Girls & Sex. Je l’ai… je le lis et je vous en parle bientôt.

 

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