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Offrons des poupées aux garçons, c’est bon pour leur cerveau !

Nombreux sont les parents qui se plaignent du sexisme présent dans les jouets et les vêtements pour petites filles. Il est aussi assez fréquent de voir des parents encourager leurs filles à jouer avec des jouets traditionnellement associés aux garçons (pour différentes raisons d’ailleurs : féminisme, marre du rose, jouets du grand frère…). A l’inverse, laisser jouer un garçon avec des poupées, des vêtements de fille ou porter du rose est beaucoup moins facilement accepté socialement.

« Ne joue pas avec ça : Les Barbies et les poupons c’est des trucs de filles »

Pourquoi ? pour faire simple disons que les hommes et les métiers/objets/valeurs traditionnellement associés au masculin sont plus valorisés dans nos sociétés occidentales que les femmes et les valeurs/comportements/objets associés au féminin. En pratique, le masculin l’emporte sur le féminin…

Ainsi, quand une fille refuse le rose, les Barbies et les robes, ses goûts sont plus ou moins respectés, même si on lui colle au passage une gentille étiquette de « garçon manqué », expression que je n’aime pas beaucoup. Elle revient à dire à une fille qu’elle n’est pas vraiment une fille mais un garçon raté ! Par opposition à une fille réussie… Cependant, les parents se satisfont en général plus ou moins d’avoir une fille « garçon manqué », certains en parleront même avec une forme de fierté : Au moins elle ne sera pas nunuche ! Elle ne se laissera pas faire !

A l’inverse, chez un garçon qui aime les poupées, on entendra plus souvent : Ne joue pas avec ça, les Barbies et les poupons c’est des trucs de filles. Si l’enfant se comporte comme une fille, il risque de devenir une fille. Et comme chacun sait, être une fille ça craint ! CQFD.

Les fabricants de jouets d’ailleurs ne s’y trompent pas et vendent les poupées comme étant exclusivement des jouets de filles. Il a fallu attendre 2015, pour qu’un petit garçon figure dans une pub pour Barbie… la première fois en 56 ans !

Jouer à la poupée renforce les compétences émotionnelles et sociales

Les jouets ne sont pas que des jouets. Jouer, c’est le travail de l’enfant. Par le jeu, l’enfant développe certaines compétences, l’empathie par exemple. Or qui ne voudrait pas que son enfant, garçon ou fille, devienne un adulte capable d’empathie ? [Rappelons que quelqu’un qui est incapable d’éprouver de l’empathie est un psychopathe…] Ou qui pour dire que savoir lire et écrire n’est pas indispensable pour tous les enfants ?

Or, bingo ! jouer à la poupée, jouer à l’habiller/déshabiller, les faire parler entre elles renforcent la motricité fine et les compétences verbales, préparant ainsi l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Ce type de jeu développe également l’attention aux autres et l’empathie. Sans surprise les études montrent que les filles dès la maternelle  sont meilleures que les garçons  en matière de maîtrise du langage et de capacité à reconnaître les émotions d’autrui. Et plus elles jouent à la poupée, plus elles renforcent leur avance par rapport aux garçons.

Comme le résume Lise Eliot* : »Jouer à la poupée, jouer à papa-maman renforce les compétences émotionnelles et sociales : se soucier des autres, les prendre en compte, répondre à leurs besoins et comprendre ce qu’ils ressentent. En bref,  ce type de jeu permet le développement de l’empathie. Jouer avec des poupées entraîne aussi à communiquer, même si l’enfant joue tout seul (de nombreux enfants, filles comme garçon, se parlent à eux-mêmes, notamment entre 4 et 6 ans, ce discours privé les aide à guider leur comportement lorsqu’ils sont confrontés à des tâches nouvelles ou difficiles).« (1)

Mon fils et sa poupee
Mon fils et sa poupée Wonder Crew, une marque américaine lancée récemment et qui conçoit des poupées spécifiquement pour les garçons. Pour l’instant, à ma connaissance, ils ne livrent leurs produits qu’aux Etats Unis… mais c’est une option sur laquelle ils travaillent. (précisons à nouveau que nos posts ne sont pas sponsorisés !)

Verbalisation et maîtrise de soi

Empathie, compétences verbales… mais ce n’est pas tout ! Comme cité plus haut, Lise Eliot note que quand les enfants s’inventent des histoires avec des poupées ou des figurines, il se parlent. Or la capacité à verbaliser est directement liée au développement de la maîtrise de soi, un domaine dans lequel les garçons sont en moyenne, plus en difficulté que les filles.

Il suffit d’entrer dans une classe de maternelle pour s’en rendre compte : la plupart des garçons ont beaucoup plus de mal que les filles à rester assis, à écouter calmement le maître/la maîtresse, à attendre leur tour avant de parler, etc.

Les neuro-psychologues appellent cela l’inhibition :  la capacité à supprimer des comportements, par exemple ne pas parler, ne pas  bouger, se concentrer,  ne pas se laisser distraire… Les études montrent que les garçons mettent plus de temps que les filles à développer ces compétences. Selon une vaste étude  (disponible ici pour les courageux) portant sur différentes composantes du tempérament d’enfants âgés de 3 a 13 ans, l’avantage des filles en matière de contrôle inhibitoire est la différence la plus importante entre les sexes parmi toutes les caractéristiques comportementales testées.  « Ainsi c’est cette différence dans leur capacité à rester assis, à ne pas écouter leurs impulsions, à se concentrer sur le travail à faire, qui rend l’adaptation des garçons à l’école plus compliquée que celles des filles.« (2)

Le lien avec les poupées ? Les compétences verbales. Plus un enfant sait verbaliser, plus il maîtrise le langage, plus il sait gérer ses impulsions. Certains d’entre vous ont peut être déjà vu des enfants se parler à eux-mêmes et se dire « non, on ne tape pas, ce n’est pas gentil« ,  pour se rappeler les règles et les interdits à eux-mêmes. Mon fils fait cela très fréquemment quand il a fait une bêtise, et qu’il se retrouve à nouveau confronté à la même situation, il me répète la règle. Ces derniers temps, presque tous les matins il nous dit « Et on ne fait pas de caprices pour savoir qui a la tartine la plus grillée« .

Bref, pour respecter des règles, s’empêcher de suivre ses impulsions, verbaliser est important. Des expériences montrent que des enfants de 5 ans auxquels on apprend à se parler pour s’auto-contrôler parviennent à améliorer leur concentration et la maîtrise d’eux mêmes. Alors bien entendu, la maîtrise du langage et de soi-même ne s’acquièrent pas uniquement avec les poupées. Tous les jeux qui permettent de se raconter des histoires, de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autres sont bénéfiques. Pour les garçons en particulier, dont les compétences verbales, la capacité à reconnaître les émotions chez autrui et l’inhibition sont en moyenne moins développés que les filles.

Different Mindset
Les différences entre filles et garçons sont elles innées, biologiques ? ou acquises, liées a l’environnement, la société ? Y a t il un gène de la poupée chez les filles ? et un gène du camion chez les garçons ?

Des différences homme/femme essentiellement acquises

A un an les garçons sont tout autant attirés par les poupées que les filles, de la même façon que les bébés préfèrent instinctivement regarder des visages plutôt que n’importe quel autre objet. Et ensuite, que se passe-t-il ? Elise Eliot nous donne quelques éléments de réponse : « Bien que certains facteurs innés amènent les filles et les garçons vers différents types de jouets, il existe aussi de nombreuses preuves que ces choix sont ensuite amplifiés par les parents, les pairs et,  surtout,  l’émergence de leur propre conscience d’être une fille ou un garçon« (3) (sur ce point voir aussi notre post sur la construction de l’identité de genre)

Ainsi la tendance à éviter les jouets du sexe opposé est beaucoup plus marquée chez les garçons que chez les filles, de la même façon que l’entourage des enfants réagit plus négativement face à un garçon qui joue avec des jouets de filles que face à une fille qui joue avec des jouets de garçons. On revient aux valeurs et représentations de notre société, les filles ont le droit de se comporter « comme des garçons », à l’inverse les garçons ne reçoivent pas ce genre de message (car rappelons-le, être une fille ça craint… cf. le début de cet article).

Pour en revenir aux competences verbales, sociales et émotionnelles : une partie de l’avantage des filles est probablement inné (c’est promis nous publierons  bientôt un post pour vous expliquer tout cela), mais cet avantage est en réalité plutôt faible au départ, il s’accroît avec l’âge car les filles s’exercent plus que les garçons. On retrouve ici le même mécanisme que pour les compétences spatiales chez les garçons dont nous  vous parlions à propos des jouets de construction.

Encore une fois, c’est la tout le problème de  la ségrégation jouets de filles / jouets de garçons : chaque type de jouet permet de développer certaines compétences du cerveau. Limiter les choix des enfants limite aussi les occasions pour le cerveau de s’entraîner à certaines tâches et in fine contribue à la reproduction des inégalités entre les sexes ! Vous trouverez ainsi des dizaines d’études qui montrent que les femmes sont plus douées que les hommes pour s’occuper des autres, comprendre leurs émotions et communiquer. Mais la conclusion à tirer de ces études n’est pas que les femmes sont naturellement faites pour certains types d’activités. Elles démontrent avant tout que leur cerveau a été plus entraîné à effectuer certaines tâches : les différences observables à l’âge adulte, bien plus importantes que celles qu’observe chez les enfants, ne sont pas innées mais pour l’essentiel acquises dès la petite enfance.

Donc, offrons des poupées aux filles comme aux garcons, non pas pour les préparer à la parentalité (parce que rien ne peut préparer à ça ! ) mais simplement parce que c’est bon pour leur cerveau !

 

NB : Pour cet article je me suis largement appuyée sur le livre de ELIOT Lise  (2010). Pink Brain, Blue Brain: How Small Differences Grow Into Troublesome Gaps And What We Can Do About It. Mariner Books. L’ensemble des citations sont extraites de son livre et traduites par mes soins. Le livre existe aussi en français pour ceux qui sont intéressés, elle expose et discute  dans ce livre les résultats de plus d’un millier d’études portant sur le cerveau et les comportements féminins et masculins.

(1) p. 130

(2) p. 149

(3) p. 109

2 réflexions au sujet de « Offrons des poupées aux garçons, c’est bon pour leur cerveau ! »

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