ni poupée, ni super héros

Ni poupée, ni super héros. Mon premier manifeste antisexiste.

Après la lecture d’un billet de Fille d’album sur ce livre, je me suis procuré l’ouvrage Ni poupées, ni super héros, écrit par Delphine Beauvois et illustré par Claire Cantais, aux éditions La Ville qui brûle.

ni poupée, ni super hérosDescriptif de l’éditeur :

Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes, la collection «Jamais trop tôt» propose des albums qui ne tournent pas autour du pot.

Pour que filles et garçons puissent, ensemble, construire un monde antisexiste et égalitaire, Ni poupées ni super-héros réunit On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe et On  n’est pas des super-héros, mon premier manuel antisexiste, déjà parus dans la même collection et aujourd’hui épuisés.

À l’arrivée pas de clichés, des clins d’œil au mouvement féministe qui feront sourire les adultes, et des héros et héroïnes malicieuses qui, au fil des pages, fourniront aux enfants des outils pour être eux-mêmes, et non ce que les autres voudraient qu’ils soient.

Forcement j’adhère. J’ai ouvert le livre et je l’ai lu avec mon fils de 7 ans, deux fois.

La première fois, je pense qu’il n’a rien écouté, il a juste bloqué sur les collages de Claire Cantais qui mêlent dessins et photographies. Il a mis du temps à comprendre le principe, cherchant s’il s’agissait de « vrais » enfants ou d’illustrations. Personnellement, j’aime bien l’idée qu’un album pour enfant puisse offrir autre chose que des illustrations simplistes et communes. Mais là, j’ai perdu l’attention de mon public…

Le principe du livre, c’est une page, une phrase dont l’idée est de déconstruire clichés de genre et stéréotypes sexistes.

Je parle fort parce que j'ai des choses à dire (je me suis reconnue ici)
Je parle fort parce que j’ai des choses à dire (je me suis reconnue ici)

Par exemple,

« Je serai peut-être maman… ou pas »

« Toujours être le meilleur, le plus fort, le plus grand, le plus ceci, le plus cela… ce sera tout ? parce que là je fatigue… »

« D’abord, le rose c’est la couleur des saucisses ! »

Pour ce livre, j’ai fait comme pour les autres. Je lis le texte sans commenter.

Premier obstacle : les phrases négatives. Quand je lis « Etre une fille, ça ne rime ni avec balayette, ni avec robe à paillette », je vois bien qu’il se dit « ah non, ça ne rime pas ». Mais ça s’arrête là. Au pire, de la même façon que si je dis « ne pense pas à un éléphant », on pense directement à un éléphant, là il pense « fille = balayette = robe à paillette ». Il y a plusieurs phrases négatives,  à commencer par le titre « ni poupée, ni super héros », comment ne pas imaginer une fille en poupée et un garçon en super héros, en le lisant ? Idem pour « je ne suis pas que jolie ».

Deuxième obstacle : l’absence de narration. Je pense qu’une histoire aide à se représenter le monde, à se projeter, à s’imaginer dans d’autres rôles que le sien et interroge souvent les enfants, pour peu qu’il soit un peu philosophique. Une histoire permet aussi de comprendre les sentiments des autres, de se mettre à leur place, de comprendre qu’avoir des goûts et des attitudes différentes de ceux attendus par le groupe, ne rend pas les gens différents, qu’ils ont de la peine quand on se moque d’eux ou qu’on les met à l’écart.

Bref, il n’a pas vraiment accroché. Trois semaines depuis l’achat, il n’a jamais redemandé le livre.

Et pour dire la vérité; moi non plus. Après la lecture, j’étais plutôt gênée. Les propos sont des assertions. Les assertions se transforment en injonctions, un peu comme celles qu’elles dénoncent. J’ai des enfants lambda, un garçon qui est un ultra-compétiteur et une fille qui ne jure que par le rose. Est-ce qu’ils ont aussi des goûts et des activités qui ne sont pas lié à leur genre ? OUI, ce sont des êtres humains comme les autres, complexes et changeants. Elle aime aussi les voitures et jeux de construction, il aime cueillir des fleurs et est assez prévenant avec les bébés. Pourtant, à la lecture du livre, je me suis sentie mal à l’aise d’avoir enfanté des tels individus, qui se moulent dans ce que la société attend d’eux et qui ne cherchent pas à s’en émanciper. De la même façon, qu’on a le droit d’être une femme féministe et de porter des talons de 12 cm, les filles ont le droit aux mêmes chances et opportunités que les garçons, qu’elles aiment le rose et les princesses ou rien de cela.

Toujours être le meilleur, le plus fort, le plus grand, le plus ceci, le plus cela…
Toujours être le meilleur, le plus fort, le plus grand, le plus ceci, le plus cela…

J’essaie de sensibiliser mon fils au sexisme ordinaire (la petite est trop petite pour l’instant), le plus souvent à partir de situation quotidienne et elles sont vraiment courantes quand on commence à faire attention. Comme par exemple, lui faire remarquer qu’au centre de loisir, quand les animateurs proposent des « jeux sportifs », il n’y a qu’une seule petite fille sur un groupe de 14 (et pourtant je sais que le choix des activités appartient aux enfants) ou pour le choix du cadeau pour l’anniversaire d’une copine, lui rappeler qu’on n’est pas obligé de choisir une « Barbie », parce que c’est une fille.  Et pourtant, même avec des exemples tirés de son quotidien, j’ai l’impression qu’il ne comprend pas toujours où je veux en venir.

Alors  de ce livre sans narration, qu’a t-il retenu ? Qu’a-t-il compris ? A première vue, pas grand-chose, mais je me trompe peut-être, parce qu’en quelques pages, beaucoup de notions et d’expériences sont relayées. Comme toutes choses un peu complexes, il faut  un temps de maturation. Comme je le disais plus haut, mon fils est un garçon lamba, et il ne semble pas avoir souffert de sexisme, une histoire lui permettrait sans doute d’être plus sensible au problème.

Chlop (cf son billet) a vécu une belle expérience avec sa fille et une copine qui ont eu un chouette échange autour ce livre, peut être que ça m’arrivera…

Je pense cependant que ce livre peut avoir une utilité, au sein d’une classe, pour ouvrir une discussion collective, parce qu’individuellement les enfants ne sont sans doute pas des tortionnaires, mais pour se conformer aux pseudos-exigences du groupe, les enfants peuvent s’autocensurer ou stigmatiser un enfant qui ne correspondrait pas aux normes attendus (entre autre les stéréotypes de genre). Discuter de stéréotypes et de clichés permet peut-être d’ouvrir les esprits, de rendre « le groupe » plus tolérant (c’est juste une idée, je ne suis pas professeure).

J’ai plein de réserves, mais c’est un livre à offrir à une famille, qui sans être consciemment sexiste, n’a pas encore conscience de l’importance du sujet. Bref, si tu es féministe, offre ce livre comme d’autres distribuent des tracts, parce que le livre porte bien son titre : «Mon premier manifeste antisexiste » !

 

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